In front of Mario Saba’s work, we face a splitting enthusiasm, a kind of metamorphosis, which invites us to leave our galaxy and meet what befalls.

It’s an overwhelming kind of metamorphosis. It’s a world with multiple junctions.

Mario Saba is a roving ambassador joining sketches of the world, lapses of time lost and found then saved again; wandering colors, which invade us.

Dazzled by this presence, we are on the verge of collapsing. We are shattered between the nostalgia of the past and the appeal of the future.

Facing us is Venus: symbol of desire often used by artist in spite distance. It’s a compact materialist distance; a division of the night, which stretches out, shrinks back, evades and excites.

While looking, we are shiver: the technical world is scathing, its objects seem sparkling, they break and scatter the wear and tear of time.

Mario Saba’s work hides what is known, what is familiar to us and which secures us by its apathy and while doing so it cleaves our routine with its materials, colors, forms and textures.

It creates this cleavage in a world where substance is delivered from its function, a coming-back to the object itself.

Objects, forms and colors are borrowed and diverted of their world, of their origin (empirical, historical) and thus, they are saved.

Therefore, this transmutation of violence is performed thanks too the intensity of a revival, to the dynamism of this artist who breaks the coherence of a world which seemed understandable to us because we gave up to laziness of obviousness.

Mario Saba’s path opens new horizons where he explores and sounds frontier zones at the furthermost bounds of what we call art, new horizons which trigger disconcerting feelings.

A path with a lot of energy in constant quest of new forms.

By multiplying the signs of civilization, by pushing them to the extreme edge; the swing and become age-old; they are echoes of pain of life.

To learn the patience of a forthcoming birth is a way of gathering the shattered time.

Throughout Mario Saba’s work, most of all in his links with the world’s fragments, we can notice the problems of life, the echoes of war, the balance of disaster, the power of phenomena and the real cleaved life.

This powerful work is manifold.

It invites us to overcome what is obvious.

It courageously challenges our presuppositions and takes us off our ordinary path. That’s why it is troubling and dazzling altogether.

 

Charles Dick

 

 

Mario Saba

De l'Eclatement à la Synthèse

L'installation de Mario Saba, au Centre Wallonie Bruxelles, à Paris en 2001, s'imposait aux spectateurs telle une « montagne » de fragments et de débris où, coexistaient emblématiquement, les dimensions du public et du privé. Ici, des éléments d'architecture fragmentés, des restes d'un portail de fer forgé, des encadrements ovales de vitraux, un balcon arraché. Là, des résidus d'une intimité intérieure - le plus souvent intellectuelle - tiroirs calcinés, palette de gouaches, disquettes informatiques. Comme à la frontière entre ces sphères privées et publiques, on y remarquait la constance d'encadrements de fenêtres détruites, lesquelles partagent autant la vision du Dedans que du Dehors, du foyer et du danger que l'idée que c'était aussi de ces fenêtres-limitrophes que provenaient les balles des francs-tireurs.

Toutefois, ce constat d'une monumentalité du séisme par l'élévation de son chaos urbain et humain en un immense amas indéchiffrable n'aurait pu, à lui seul suffire. D'abord parce que, par le biais du photo journalisme, ces vestiges d'une malheureuse histoire nous étaient rendus, on s'en souvient - et c’est toute la contradiction des médias - scandaleusement « coutumiers ». Ensuite, parce qu'un artiste ne sautait jamais se borner à une simple description. A proximité de ce gigantesque navire de meubles était naturellement amené à s'interroger sur le sens de l'encadrement d'une petite porte de bois, neuf et brun, apparemment sans fonction conséquente, sans bâti ni murs en lesquels s'appuyer, sans nul battant à pousser, donnant pour ainsi dire sur un nulle part et ouvrant à

« tout »...

Construite comme suite à l'installation chaotique, en aparté, elle conférait à l’œuvre une plus intrigante et plus dialectique signification. Pour ma part, j'y ai vu le symbole du regard d'une nouvelle génération, qui, née durant la guerre ou dans ses immédiats lendemains, expérimenta à Beyrouth la transition d'un étrange entre-deux urbain et existentiel. En effet, l'on imagine aisément, qu'à l'image de cette haute montagne de dégâts calcinés et désarticulés, tout n'est à Beyrouth, de sa destruction à sa reconstruction, que visibilité et béance vers le futur. La neutralité apparente de la porte - passage ménagé par l'artiste vers de plus utopiques considérations - induit à penser au regard de la nouvelle génération libanaise pour laquelle ces deux versants : mort/vie, perte/retour, destruction/renouveau relèvent quotidiennement de l'ordre de l'ordinaire et du symbolique.

Curieusement, "la porte" ne sauve en rien cet amas en perdition figurant une Beyrouth -  qui fut un temps  la cité la plus cultivée, cosmopolite et prospère du Moyen Orient - mais incite, par le contraste de sa fraîcheur à une lucidité et à un recul critique. Mario Saba qui a vécu cette histoire de l'intérieur, et non comme la plupart d'entre nous, en Europe, à travers la surface d'un écran de pixels, nous transmet, à travers le viatique de ce « seuil » ce sentiment  plus nuancé non seulement de ce qui fut mais encore de ce qui est.  Sans concession, le sens de ce franchissement n'en est pas, pour autant, fataliste. La modestie de la porte, qui ne peut certes concurrencer l'ampleur d'un cataclysme dont il faut encore aujourd’hui panser la mémoire, instille (et restaure) inversement le sens d'une mesure, d'une positivité et même d'un certain humour. D’une distance nécessaire à un réveil, à une survie matérielle, existentielle et intellectuelle. Ainsi, Saba dans une économie de moyens circonstanciée gère-t-il un éclatement de l'Histoire dont il aura su avant tout extraire la synthèse. Autant dire, cela même qui importe, pour demain.

                                                                                  Michèle Ch. Hadria